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Entretien avec l’ambassadeur sur les visites au Japon (28 septembre 2011)
Dans un passé récent, l’ambassade du Luxembourg à Tokyo a été confrontée à de nombreuses questions liées à d’éventuels risques de sécurité et de santé qui se présenteraient lors de déplacements au Japon. L’ambassade publie ci-après un texte dans lequel l’ambassadeur lui-même, M. Paul Steinmetz répond, à titre personnel, aux questions les plus fréquentes, en espérant ainsi clarifier certains doutes qui semblent subsister autour de la situation.
Question : on ne parle plus guère de Tokyo et de Fukushima : la situation est-elle normale ?
La radiation est sous contrôle à Tokyo : elle n’y a d’ailleurs jamais excédé des niveaux modestes. Le 15 mars, au plus fort de la crise, cette radiation approchait des 0,5 microS/heure, soit dix fois plus que la normale, mais sur deux - trois jours et au final beaucoup moins que le niveau qui déclencherait une évacuation (3,8 microS/h). Ce qui a fait fuir, provisoirement, bon nombre d’étrangers, c’était l’incertitude devant ce qui pouvait encore advenir. Ils avaient raison. Or, la radiation est vite retombée à sa valeur habituelle, après quelques autres journées (22 au 30 mars) où elle avoisinait 0,15, soit trois fois la norme. Il en va autrement autour de la centrale elle-même : les évacuations y étaient inévitables. Mais là encore, la radiation - à diffusion locale - s’est stabilisée ces dernières semaines. Il n’y a pratiquement plus de rejets.
Question ? Les familles luxembourgeoises sont-elles revenues ?
Pratiquement tous les étrangers sont revenus, les derniers à l’occasion de la rentrée scolaire de septembre. Aucune famille luxembourgeoise n’a refusé de revenir à Tokyo et je les en félicite. La vie continue ici, la saison culturelle a repris comme avant et l’économie s’est remarquablement rattrapée.
Question : le nombre des visiteurs luxembourgeois est-il en chute ?
Que des Luxembourgeois aient renoncé à leurs projets au Japon et reporté leurs projets professionnels ou artistiques, je le regrette d’autant plus que j’ai eu le plaisir et la fierté de pouvoir accueillir ici dans les mois qui ont suivi le séisme plus de visiteurs luxembourgeois qu’à aucun autre moment de mes trois autres années passées: dès le mois de mai, SAR le Prince Guillaume s’est déplacé au Japon. Les autres visiteurs de marque furent le ministre des Affaires Etrangères Jean Asselborn, le ministre de l’Economie Jeannot Krecké et le président de notre Banque Centrale, Yves Mersch. Le pianiste luxembourgeois Francesco Tristano Schlimé a passé cinq semaines ici, en juin-juillet. Il n’a jamais envisagé d’annuler sa tournée. Je me réjouis tout particulièrement qu’un jeune architecte luxembourgeois de Rumelange, Philippe Nathan, se soit rendu sur place, dans la région sinistrée pour travailler sur des concepts de reconstruction, ensemble avec des collègues belges de La Cambre.
Question : la centrale nucléaire peut-elle encore nous surprendre négativement ?
Sur le terrain, à Fukushima, les choses semblent en voie de résolution : la température dans les réacteurs endommagés est stable et la date pour un refroidissement définitif a été avancée à la fin de cette année. La date de février 2012 était d’abord envisagée par le gouvernement. Une des zones d’évacuation (entre 20 et 30 km) est en train d’être levée, à condition que le sol soit décontaminé auparavant, ce qui n’est pas une mince affaire. La radiation aux abords immédiats de la centrale est désormais inférieure à la norme maximale annuelle : 0,4 milliSievert/an (la norme est de 1) : en principe, cela veut dire qu’une personne normale pourrait y habiter sans risque. Je ne le ferais pas moi-même - et je suis opposé au nucléaire - mais cela laisse espérer un relatif retour à la normale, très progressif pour les dizaines de milliers de personnes arrachées de leur domicile.
Question : faut-il se méfier des chiffres officiels de la radiation ?
D’abord sceptiques, nos experts radionucléaires, européens et autres, descendus en quantité sur la capitale nippone en mars et avril, sont tous repartis après deux ou trois semaines car les chiffres officiels correspondaient - selon eux - à la réalité sur le terrain.
Question : mais il y a sans aucun doute des endroits qui restent dangereux ?
Nos avis aux voyageurs - le nôtre et ceux de la plupart des autres pays membres de l‘UE - décommandent de visiter la préfecture de Fukushima. Il s’agit d’une mesure de prudence, formulée en application du principe de précaution. D’ailleurs les chefs de mission UE se réuniront à la mi-octobre dans la ville de Fukushima (chef - lieu de la préfecture) pour leur réunion mensuelle : nous souhaitons dire aux populations locales que nous sommes à leurs côtés. Un séjour prolongé y est toujours décommandé, certes mais uniquement par application de ce même principe de précaution : une visite d’affaires, un simple transit dans cette ville et dans la préfecture du même nom ne présentent certainement pas un risque pour la santé. 300 000 personnes vivent dans cette capitale. Cet avis aux voyageurs signifie aussi que toutes les autres préfectures du Japon sont ouvertes aux visiteurs, sans aucun problème. Je me suis moi-même déplacé deux fois à Miyagi, au nord de Fukushima et en passant par la ville de Fukushima.
Question : si je me déplace au Japon, la nourriture y est-elle comestible ?
Il y a eu cet été un problème très localisé au niveau de la viande de bœuf en provenance des préfectures du nord (de la paille de riz irradiée leur avait été donnée) mais des contrôles renforcés ont désormais assaini le marché. Il s’agissait d’un incident, non d’une pollution généralisée. D’autre part, le riz est soumis à des mesures de contrôle préalable sévères : il existe à ce jour des problèmes dans un seul échantillon, prélevé dans une culture nouvelle proche de la centrale. Il ne faut pas cueillir ni manger de champignons, bien sûr mais nous le savons depuis Tchernobyl. On peut aussi s’interroger sur le poisson pêché dans les eaux du nord, dans la mesure où son origine n’est pas connue avec précision. Cela étant, j’en mange moi-même tout comme la plupart des gens autour de moi et j’ai confiance dans les mesures de radiation des autorités, qui ont interdit la pêche au large de la préfecture de Fukushima.
Question : l’image de marque du Japon est-elle atteinte ?
Les Japonais ont toujours la passion de la qualité dans tout ce qu’ils font : le pays reste passionnant pour ceux qui le parcourent. La céramique, l’art de la laque, l’architecture traditionnelle et les temples sont d’une beauté incomparable. Contrairement à d’autres nations, l’artisanat est bien vivant. Malgré son saut dans la modernité, l’archipel n’a jamais coupé avec son passé. L’accueil y est aussi gentil qu’avant, davantage même. D’ailleurs, le tourisme étranger reprend. Le week end dernier, je séjournais dans la péninsule de Noto (préfecture de Kanazawa) et beaucoup d’auberges affichaient complet. Les Japonais voyagent autant qu’avant. Ce qui s’est passé le 11 mars est un événement exceptionnel : fallait-il le prévoir ? Les avis sont partagés, entre ceux qui disent qu’il aurait fallu se préparer au pire et ceux qui signalent que se préparer à des phénomènes rares coûtera toujours trop cher. C’est une discussion que devra mener le peuple japonais.
Annexe
Common elements for advice on food safety in Japan (EU)
As of 6 October, Japanese authorities have taken more than 30,000 samples to measure levels of radioactivity in the food chain. The number of samples taken has gradually increased and currently stands at between 350 and 400 samples per day.
A system for imposing restrictions has been put in place by the Japanese Government. Food that is found to be contaminated above maximum permitted levels is not allowed to enter the market. Whilst in March some local governments recommended not to use drinking water for infants, these recommendations have now been withdrawn.
The Japanese levels for the maximum permissible contamination of radioactivity in food products are stricter than the levels recommended by the FAO and the WHO. These levels are conservatively calculated. Calculations are based on an individual who is consuming contaminated products as a major part of his/her diet on a long-term basis, something that is not likely to be the case for either a foreign resident in or traveler to Japan.
Because both the risk and the consequence of sporadic ingestion of contaminated food is small, the overall health risk of consuming food in Japan, in particular for travelers, can be regarded as very low.
The EU has not banned Japanese food products from being exported to the EU Member States. In order to assure that the EU market remains free from contamination, the Japanese authorities issue certificates that food from the affected areas does not breach the maximum permissible levels of contamination. EU Member States check imported food but so far have not found any significant contamination, with the exception of one shipment of dried tea in France before summer.














